Pouvoir d’achat : un décalage croissant entre statistiques et vécu des ménages ?

Entre 2017 et 2024, les chiffres officiels font apparaître une progression d’ensemble d’environ 13% du pouvoir d’achat du revenu disponible brut (RDB) des ménages. Toutefois, cette hausse ne reflète pas l’expérience vécue par la majorité de la population, qui tire l’essentiel de ses ressources de son travail.

Un rapport a été publié par l’Assemblée nationale, le 4 mai 2026, en conclusion des travaux d’une mission d’information sur l’évolution du pouvoir d’achat en France depuis 2017 au regard des indicateurs de prix et de consommation.

Les limites de l’indicateur officiel du pouvoir d’achat

Les rapporteurs estiment que la mesure du pouvoir d’achat par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) comporte différents biais.

L’indicateur officiel – publié chaque trimestre dans le cadre des comptes nationaux – prend notamment en compte le revenu disponible brut (RDB) qui additionne des revenus d’activité (salaires et revenus d’indépendants), des revenus du patrimoine (intérêts, dividendes, assurance-vie), des revenus fonciers et des prestations sociales, desquels sont soustraits cotisations et impôts.
Pour les rapporteurs cela conduit à surestimer le revenu réel des ménages, ce qui ne serait pas le cas si l’indicateur s’appuyait uniquement sur le salaire net.

Selon les termes du rapport : […] « la présentation systématique de la moyenne masque des réalités très différentes. La hausse du pouvoir d’achat moyen masque des effets de composition du revenu importants, alors que les salaires réels n’ont toujours pas retrouvé leur niveau de 2021« .

Les rapporteurs préconisent que la médiane soit publiée au même niveau que la moyenne chaque fois que l’Insee communique sur l’évolution du pouvoir d’achat, pour ne pas masquer la concentration des gains sur une minorité de ménages.

Le pouvoir d’achat : une notion pertinente ?

Eclairage

7 juillet 2022

 

Plusieurs indicateurs témoignent d’une baisse du pouvoir d’achat des ménages

Selon les termes du rapport : « L’analyse de l’évolution du pouvoir d’achat ne peut donc se satisfaire de l’examen des seules tendances moyennes. Pour guider utilement la décision publique, il convient de regarder à la fois des analyses statistiques au niveau d’échelles sociales et territoriales pertinentes et le vécu des ménages […] ».

Les analyses en matière de niveau de vie révèlent un déclassement des ménages les plus modestes : en 2023, les deux premiers déciles enregistrent une contraction de leur niveau de vie en euros constants, notamment -1% pour le premier décile, c’est-à-dire les ménages dont le revenu compte parmi les 10% les plus modestes.

L’analyse de la structure des dépenses contraintes montre qu’en 2022 les principaux postes alimentation, logement et transport représentaient environ 77% du revenu disponible des ménages du premier décile, mais moins de 20% du revenu disponible des ménages du dixième décile (10% les plus riches).

L’Insee recense, dans ses enquêtes annuelles sur les conditions de vie des ménages, une montée des privations matérielles et sociales. Parmi les treize dimensions de privation étudiées, les augmentations les plus notables concernent l’impossibilité de maintenir son logement à bonne température et la réduction de la consommation de protéines animales.

Évolution 2020-2025 de la proportion de personnes ayant déclaré subir une privation (selon le type de privation)

En %

2020

2025

Faire face à une dépense non prévue de 1 000 euros

30,4

28,1

Se payer une semaine de vacances dans l’année

22,2

22,2

Remplacer des meubles usés ou abîmés

15,5

18,2

Avoir régulièrement une activité de loisir payante

16,3

15,4

Dépenser une petite somme librement

14,3

12,1

Chauffer suffisamment leur logement

6,7

11,4

Manger de la viande, du poisson ou un équivalent végétarien tous les deux jours

7,3

11,2

S’acheter des vêtements neufs

9,5

10,6

Payer à temps les loyers, intérêts, factures

9,1

9,9

Se retrouver régulièrement avec des amis ou de la famille autour d’un verre ou d’un repas

7,3

6,6

Posséder deux paires de chaussures

4,2

3,8

Disposer d’une voiture

3,8

3,7

Avoir accès à Internet à domicile

1,8

1,3

Note : Les données de 2025 sont provisoires.
Lecture : Début 2025, 22,2 % de la population ne peut pas partir en vacances une semaine dans l’année pour des raisons financières.
Champ : France hexagonale, ensemble des personnes vivant dans un logement ordinaire.

Graphique: Vie-publique.fr / DILASource: Insee, enquêtes Statistiques sur les ressources et les conditions de vie (SRCV) 2013 à 2025.Télécharger les donnéesCréé avec Datawrapper

 

Par ailleurs, l’implantation géographique d’un ménage constitue une variable déterminante de son pouvoir d’achat réel, au-delà du seul niveau de revenu. La crise inflationniste de 2022-2023 a renforcé la vulnérabilité des ménages des espaces ruraux et périurbains fortement dépendants de l’automobile et de sources d’énergie fossile pour le chauffage.