Quand nos muscles prennent de l’âge!

Au-delà de sa fonction première (la motricité), l’état des muscles est un déterminant majeur de notre état de santé. Si plus de 400 maladies neuromusculaires sont identifiées, le muscle est par ailleurs, affecté dans les principales pathologies chroniques et peut constituer un marqueur pronostique. Le muscle représente donc un réel enjeu de santé publique mais n’est aujourd’hui pas reconnu en tant que tel et son étude scientifique et médicale – la myologie – reste insuffisamment reconnue et enseignée.

C’est inéluctable : avec l’âge, nos muscles fondent. En cause, l’épuisement progressif de notre réserve de cellules souches musculaires (CSM), chargées de maintenir notre masse musculaire constante. A chaque décennie, à partir de 20 ans, 4% de la masse musculaire disparaît. Si elle représente 40% du poids du corps entre 20 et 30 ans, elle ne représente plus que 25% du poids à 70 ans.

La masse musculaire dépend de l’innervation et du couplage excitation (nerf) – contraction (muscle). Elle peut varier en fonction de changements environnementaux, augmenter (hypertrophie) comme avec l’entrainement musculaire ou diminuer (atrophie) comme au cours d’une immobilisation prolongée, un endommagement des nerfs, dans un contexte pathologique ou au cours du vieillissement.

Tout au long de la vie, le muscle doit être préservé et entrainé, pour une bonne qualité de vie, pour lutter contre l’obésité, éviter des pathologies invalidantes comme les troubles musculo-squelettiques des personnes en activité (plus de 80% des maladies professionnelles déclarées), et, chez les personnes âgées, prévenir de pathologies graves et très fréquentes comme l’ostéoporose, la sarcopénie (perte musculaire).

Zoom sur la sarcopénie
La sarcopénie est définie par une perte progressive et généralisée de la masse, de la force et de la qualité de l’ensemble de la musculature dès l’âge de 50 ans, pouvant conduire à terme, à une diminution supérieure à 30% de la masse musculaire initiale.

Le nombre de fibres musculaires qui se contractent rapidement diminue bien plus que le nombre de fibres musculaires qui se contractent lentement. Ainsi, à un âge avancé, les muscles ne sont plus en mesure de se contracter aussi rapidement.

Les conséquences de la sarcopénie sont nombreuses : augmentation du risque de chutes (première cause de décès liée à une blessure chez les plus de 65 ans), augmentation de la durée d’hospitalisation, des risques infectieux, de la dépendance des personnes touchées…

Qualifiée de « maladie » en 2016 par l’Organisation Mondiale de la Santé, la sarcopénie, touche actuellement environ un Européen sur cinq de plus de 55 ans (30 millions d’ici 2045)

Une équipe de l’Institut de Myologie identifie un mécanisme capable de préserver la masse musculaire
En étudiant des muscles jeunes et vieillissants dans un modèle murin, des chercheurs du Centre de Recherche en Myologie (Sorbonne Université / Inserm) de l’Institut de Myologie sont parvenus à identifier une protéine, la CaVβ1E, qui est à l’origine de l’activation du facteur GDF5.

Ce mécanisme permet de prévenir la sarcopénie en maintenant la masse et la force musculaire des souris âgées. L’équipe a identifié la protéine CaVβ1E chez l’homme et montré que son expression est corrélée à la perte de masse musculaire des sujets âgés.

Le muscle est affecté dans de nombreuses pathologies chroniques

Dans les principales pathologies chroniques comme les maladies métaboliques, les maladies cardiovasculaires, mais aussi le cancer et le diabète, le muscle est affecté.

En effet, les pathologies chroniques entraînent un déconditionnement musculaire, caractérisé par une perte de masse et de force musculaire, qui détériore la qualité de vie des patients, et qui peut être directement associé à une augmentation de la mortalité.

Par exemple, il a été observé que :
L’accident vasculaire cérébral (AVC) s’accompagne d’une perte de masse musculaire de l’ordre de 4 % dans le membre inférieur et de 8 % dans le membre supérieur au minimum 6 mois après l’AVC, quel que soit le type ou la sévérité de l’AVC (English et coll., 2010).

Dans le cancer, la diminution de la force et de la masse musculaire squelettique constitue une affection courante chez les patients atteints de cancer, indépendamment du stade de la maladie et de l’état nutritionnel.

L’insuffisance cardiaque est à l’origine d’un déconditionnement musculaire particulièrement marqué.

Dans les diabètes de type 2, une perte de masse et de fonction musculaires malgré un indice de masse corporelle généralement élevé a été observée (Batsis et coll., 2014 ; Kim et coll., 2010).

Les quatre maladies non transmissibles les plus fréquentes (pathologies cardiovasculaires, cancers, maladies respiratoires chroniques et diabètes) sont responsables de 82% de la mortalité dans le monde.

 

Organisées par l’Institut de Myologie avec le soutien de l’AFM-Téléthon, les premières « Assises du Muscle » se dérouleront le 1er juin 2023 au Conseil économique, social et environnemental. Elles ont pour objectif de sensibiliser les politiques, les institutionnels, les acteurs de la santé, de la prévention et de l’éducation mais également le monde du travail ou le monde sportif, à l’enjeu de santé publique que le muscle représente.

Des experts scientifiques et médicaux internationaux, des décideurs, des soignants, des représentants associatifs et de la société civile échangeront autour de 4 grands axes :

le muscle enjeu de santé publique ;

le muscle au quotidien et tout au long de la vie ;

le muscle entraîné et en conditions extrêmes ;

le muscle malade.